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Mieux comprendre la circulation de l'écriture arabe dans les anciens territoires coloniaux belges

Publié le 11 janvier 2023 Mis à jour le 12 janvier 2023

Le professeur Xavier Luffin travaille depuis une vingtaine d’années sur les documents arabes et swahilis en caractères arabes du Congo. Il vient d’obtenir un PDR (Projet De Recherche, financé par le FNRS pour une durée de quatre ans) afin de développer ses recherches dans ce domaine.

Suite aux contacts avec les commerçants musulmans venus dans la seconde moitié du 19e siècle de la côte swahilie d’une part, du Soudan d’autre part, l’écriture arabe circulait dans certaines régions du Congo (Maniema, Uele, etc.) dès avant l’arrivée des Européens, et a perduré durant toute la période coloniale. Utilisée d’abord par les commerçants en question, elle fut ensuite adoptée par les communautés musulmanes locales, mais aussi par des chefs locaux, dans l’Uele notamment, qu’ils soient musulmans ou pas – et même par les autorités coloniales dans certains cas (correspondance avec les commerçants, etc), donnant lieu à un corpus varié : correspondance, contrats, amulettes, traités politiques, livres, etc. Le phénomène, encore peu connu même des spécialistes de la région, modifie profondément la perception que l’on peut avoir de l’histoire culturelle de la région (diffusion de certains livres, appropriation locale de l’écriture, etc.) ; il fournit aussi de nouvelles données historiques et économiques utilisables par les historiens : prix de certaines denrées, mentions de certains faits d’armes, etc.

Dans les archives en RDC, au Burundi et au Rwanda

Xavier Luffin avait jusqu’ici travaillé sur des documents exclusivement congolais, rédigés dans les années 1880-1890 et conservés dans différents fonds d’archives en Belgique (Africa Museum, Musée royal de l’armée, etc.). Ce financement* lui permettra de se rendre en RDC, mais aussi au Burundi et au Rwanda, afin de voir s’il peut trouver de nouveaux documents restés sur place, depuis cette période jusqu’à nos jours, mais aussi de mieux comprendre leur évolution dans le temps et leur circuit de circulation. Il lui permettra aussi d’encadrer un.e doctorant.e qui travaillera sut les aspects linguistiques de ces documents : quel(les) forme(s) d’arabe étai(en)t utilisées ? Quel impact cela a-t-il eu sur certaines langues locales comme le swahili ou le zande ? Quelles étaient les caractéristiques du swahili écrit en caractères arabes au Congo ? Qu’est-ce que cela peut nous apprendre sur l’évolution du swahili tel qu’il est parlé aujourd’hui dans certaines régions de la RDC ?

Pour en savoir plus, il a publié un livre sur le sujet : Un autre regard sur l'histoire congolaise. Les documents arabes et swahilis dans les archives belges (1880-1899), Éditions ARSOM/KAOW, Collection Fontes Historiae Africanae, 391 pp.
 


Xavier Luffin est professeur de langues et de littératures arabes à l'Université libre de Bruxelles, membre de l'Académie Royale de Belgique et de l’Académie Royale des Sciences d’Outremer. Actuellement, il est également le Doyen de la Faculté de Lettres, Traduction et Communication de l'ULB. Il est l’auteur de plusieurs études sur la littérature arabe (notamment Les fils d’Antara. Représentations de l’Afrique et des Africains dans la littérature arabe contemporaine, Bruxelles, Safran, 2012) et de nombreuses traductions de l’arabe. Il a remporté en 2020 le Grand prix de la traduction de la ville d’Arles pour les Jango.


* Par le biais du PDR, le FNRS est finance, pendant 2 à 4 ans, des projets de recherche mono- ou pluri-universitaires porteurs d'excellence.