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Quand les langues se délient, les initiatives se déploient

Publié le 3 octobre 2019 Mis à jour le 22 novembre 2019

Après « Bruxelles, capital(e) étudiant(e) », « L’Année des diversités » et « L’Europe de la connaissance », voici venu le temps de « L’Année des langues » à l’Université. Elle sera curieuse, métissée, ouverte, engagée, proactive - avec la promotion du multilinguisme mais aussi la question de la préservation des langues autochtones. Aperçu d’un work in progress avec Kristin Bartik.

Esprit libre : Vous êtes vice-rectrice au plan stratégique, aux relations institutionnelles et à la politique wallonne mais vous êtes aussi spécialiste en Ingénierie moléculaires à l’École polytechnique. Est-ce que la question des langues et de leur avenir intéresse aussi l’ingénieure que vous êtes ? 

Kristin Bartik : Si la question des langues ne fait pas partie de mon champ de recherche, elle me tient néanmoins fort à cœur. En tant qu’enseignante dans le programme Bruface (programme conjoint ULBVUB ouvert à l’international), je donne mes cours en anglais et suis confrontée à la problématique du multilinguisme et à la grande diversité culturelle des étudiants. En matière de recherche, l’anglais est aussi la langue véhiculaire des sciences… Et je m’y intéresse aussi à titre personnel. Je suis née dans un environnement familial bilingue voire multilingue, avec l’anglais, le français et le néerlandais, ce qui m’a beaucoup enrichie. Je suis de ce fait très heureuse de coordonner cette année thématique avec l’appui d’un comité de pilotage très actif. 

EL : Les questions relatives aux langues ne touchent pas seulement les sciences humaines…

KB : Les langues sont des objets culturels, sociaux et politiques et peuvent être explorées comme telles, via la littérature par exemple, mais elles ont également des composantes cognitives et biologiques ; elles peuvent être abordées à travers les neurosciences avec la question des troubles d’apprentissage ; elles peuvent être explorées à travers les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, la traduction automatique, etc. Il y a aussi les questions anthropologiques, juridiques, économiques et politiques qu’on peut aborder à travers les langues. Les activités proposées dans notre programmation seront ouvertes à toutes ces questions.

Esprit libre : Le thème de l’année est Année des langues, universalité et identités ; Il y a un contexte particulier pour ce choix ?

KB: Il y a certainement un contexte d’actualité qui nous a poussés à arrêter ce choix. Au sein de l’ULB tout d’abord avec la création de « ULB Langues » (voir page 7), avec l’idée de doter la population étudiante d’un réel « capital langues ». Autre actualité, le projet CIVIS – A European Civic University (voir page 9).  Il y a enfin notre anniversaire avec la VUB (50 ans de collaborations fructueuses) et le chantier de l’école multilingue dans lequel s’engage l’ULB avec la VUB et qui témoigne également de la volonté conjointe de nos deux universités de déconstruire les barrières linguistiques (voir page 8). Rappelons par ailleurs qu’on enseigne actuellement près d’une trentaine de langues à l’ULB et que l’ULB est aussi un centre important de recherches multidisciplinaires en langues et en linguistique. Les langues et le langage sont des objets d’étude qui traversent toutes nos facultés et écoles. Enfin, rappelons que notre région est des plus multilingue – nos campus en sont un bel exemple : on y parle plus d’une centaine de langues !

EL : L’Année mettra aussi le focus sur la disparition des langues minoritaires…

KB : Tout à fait : l’ONU estime qu’une langue autochtone disparaît toutes les deux semaines... Face à cette crise linguistique, elle a proclamé 2019 « Année des langues autochtones ». Dans ce contexte, et étant données les relations privilégiées qu’entretiennent l’ULB et le projet CIVIS avec l’Afrique – un continent qui connaît une exceptionnelle diversité linguistique – l’année thématique mettra un accent particulier sur les langues minoritaires.

EL : Les langues rapprochent mais elles divisent aussi…

KB : Notre volonté est clairement de montrer que la promotion du multilinguisme est un des aspects clé du « vivre ensemble ». C’est un choix que nous défendons. Dans cet état d’esprit, nous avons, comme pour les autres années thématiques, choisi de faire un appel non seulement à toutes les facultés mais aussi à tous les corps représentatifs de l’Université dans sa diversité : enseignants, étudiants, personnels… Le comité de pilotage a sélectionné (et sélectionnera encore… appel aux amateurs donc !) les projets qui répondent à l’esprit de la programmation. Par ailleurs d’autres projets ou initiatives déjà existants porteront le « label de l’Année des langues » de façon à les valoriser et les mettre un peu plus en lumière que d’habitude. C’est en tout cas, notre objectif.

EL : quelles seront les problématiques abordées au travers de débats et tribunes ?

KB : Nous avons déjà programmé une conférence sur la diversité des langues africaines, un débat sur le futur des langues dans l’Union européenne, une conférence sur tous les aspects du bilinguisme relatifs aux neurosciences. Tom Lanoye, écrivain néerlandophone, sera accueilli avec son traducteur Alain Van Crugten pour évoquer la question de la traduction des œuvres. Nous proposerons aussi un débat sur l’IA et la traduction…

EL : Débats, tribunes, rencontres… Il y aura des moments plus festifs aussi ?

KB : Tout à fait. Nous aurons par exemple des « cabines de traduction instantanée » disséminées sur le campus. Vous pourrez venir vous exercer à l’interprétation. Ce projet rassemble nos interprètes et nos collègues en Polytech. Nous aurons aussi un cinéclub au Kinograph à USquare. Une journée « langues » de l’Université des enfants. Une expo sur le cycle de vie d’une langue sera montée à la salle Allende. Nous collaborons aussi avec le Festival « Bruxelles libre culture » qui se tiendra sur nos campus en 2020 et qui a choisi comme thème « Art des langues, langue des arts » pour faire écho à notre année thématique. J’invite tout le monde à aller faire un tour sur le site Web de l’Année : vous y trouverez toutes les activités répertoriées ; il sera mis à jour régulièrement avec les nouveautés. Il y aura aussi une « carte interactive des langues » à découvrir… L’Année thématique n’est pas figée, elle se construit encore, tel un work in progress ! 

Alain Dauchot