Conférence spéciale :
L’incestuel : une catégorie d’analyse opérante pour le roman du XIXe siècle
par Kathia Huyn
Matrice narrative lourde de drame, à la croisée du sentimental et du sexuel, de l’intime et du social, du privé et du politique, l’inceste est un thème prégnant dans la fiction narrative du XIXe siècle.
Bien qu’il se rencontre sous des formes variables en diachronie (de l’amour adelphique romantique au crime sociologique naturaliste), l’inceste n’en obéit pas moins à des scripts codés relativement fixes. Faut-il dès lors considérer que le traitement littéraire de l’inceste au XIXe siècle passe essentiellement par une intertextualité qu’infléchissent en partie seulement les discours sociaux, médicaux et juridiques de l’époque ?
Le registre de l’« incestuel », forgé par le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier (1995), le définit comme un « climat où souffle le vent de l’inceste, sans qu’il y ait inceste », constitue selon nous une catégorie d’analyse opérante pour penser la façon dont le roman du XIXe siècle (Balzac, Hugo, Zola), en fouillant les secrets de la famille bourgeoise et en plongeant dans les crises de la vie intérieure, réinvente les manières d’écrire l’inceste, sans dire son nom.